Nos églises, nos châteaux!

 

Une réflexion d’ensemble sur l’avenir du patrimoine religieux en Bellechasse s’impose de plus en plus. Nous aurions tous intérêt à examiner ce qui nous arrive et ce qui nous attend à ce sujet, et prendre les décisions qui s’imposent afin que cet héritage ait le sort qu’il mérite et que nous méritons. Merci au journal de nous ouvrir ses pages afin que l’ensemble de Bellechasse se sente concerné.

 

Par Jean-Pierre Lamonde, président, Société historique de Bellechasse

Il est loin ce temps où, pour la première fois qu’on m’amenait à la messe du dimanche dans mon village, j’ai passé l’office à regarder partout. J’étais ébloui! Je me souviens d’avoir dit à tante Alice, dans le banc de qui j’avais été assigné : comme c’est beau tante Alice ! Quoiqu’elle eut la réputation d’aimer le beau, mes propos la dérangeaient plus qu’autre chose dans ses dévotions. Elle fréquentait cette église depuis plus de quarante ans, elle s’y était habituée et ne la regardait plus. Quant aux toilettes et aux chapeaux des dames, elle avait l’oeil.

J’ai réalisé il y a quelques années que j’étais devenu comme ma tante. J’entrais dans le temple le dimanche en regardant le plancher, alors que des générations avant moi avaient doté ce lieu d’une riche ornementation pleine de symboles et, dans certains cas, fabriquée par des artisans de grande renommée. Tous ces motifs architecturaux et objets d’art religieux ont un sens et je ne le connais pas ou peu. La sculpture d’une grappe de raisin doit bien avoir un rapport avec le vin. Même chose pour la gerbe de blé qui symbolise la nourriture de l’homme. Mais que penser du coq qui trône sur la croix du clocher, des coquillages sculptés aux murs, des coeurs au plafond, des anges avec ou sans ailes, de toutes ces fleurs que je ne connais pas, de la chaire et des motifs qui l’ornent, sans oublier les tableaux où l’on y voit des personnages qui ne portent pas au sol?

Qu’on soit croyant ou incroyant, pratiquant ou non, tout cela avait un sens quelque part. Lequel? Qui nous l’expliquera? La dernière génération ayant bien peu fréquenté l’église, et la prochaine n’ayant pas été en contact avec l’enseignement religieux de l’école, nous serons bientôt pour la plupart des étrangers dans ces grands bâtiments que nos arrière-grands-parents ont construits, et que nos grands-parents et parents ont entretenus.

Quoiqu’il en soit, nous avançons le point de vue suivant, lequel n’a rien à voir avec les conceptions religieuses : les églises de Bellechasse contribuent largement à définir l’identité des villages. Elles y occupent généralement la place centrale. Dans ces églises plus, que dans tout autre bâtiment, se trouvent non seulement les traces de notre histoire, mais la majorité des oeuvres architecturales et artistiques du village. Les Français ont leurs châteaux et leurs cathédrales, nos villages ont leur église.

Si certaines églises ont une très grande valeur patrimoniale, nous affirmons que toutes les églises de Bellechasse, du plus petit au plus grand village, ont une valeur communautaire et identitaire irremplaçable. C’est notre patrimoine. C’est notre héritage.

Dans un prochain article, nous poserons la question à savoir si vous êtes paroissiens ou citoyens. Vous avez des commentaires? lamondej@globetrotter.net