Êtes-vous paroissien ou citoyen?

 

Dans l’article précédent Nos églises, nos châteaux, nous avons fait valoir que nous étions dépositaires d’un héritage important que connaissions peu en réalité. Aujourd’hui, nous posons la question à savoir qui est paroissien et qui est citoyen, ou les deux parfois, car derrière les mots se cachent des réalités différentes. Merci à La Voix du Sud de nous ouvrir ses pages afin que l’ensemble de Bellechasse se sente concerné par le débat.

 

Par Jean-Pierre Lamonde, président, Société historique de Bellechasse

Il est fréquent que, rencontrant une personne de l’extérieur, vous lui demandiez : de quelle paroisse êtes-vous? Si elle est de Beaumont, elle vous répondra probablement Beaumont et non Saint-Étienne. Pour répondre correctement à la question posée, elle devrait dire Saint-Étienne de Beaumont, puisque c’est le nom exact de la paroisse. Quant au nom de la municipalité, c’est Beaumont. La paroisse, selon Larousse, est le « territoire sur lequel s’étend la juridiction spirituelle d’un curé ». La municipalité, selon la même source, est le « territoire soumis à une organisation municipale ». Dans ce contexte, considérez-vous que vous relevez d’un curé ou d’une organisation municipale? En d’autres termes, êtes-vous un paroissien ou un citoyen? Libre à chacun de faire ses choix! Essayons d’expliquer cette situation.

Bien avant que les municipalités n’existent, il y avait les seigneuries. Dans Bellechasse, il y eut entre autres les seigneuries de Lauzon, de La Durantaye, de Beaumont. La seigneurie était un district civil sous l’autorité du seigneur qui avait mandat de peupler et organiser le territoire. Dans ces seigneuries, l’évêque de Québec créa des paroisses avec église et curé. Puis, les colons s’installèrent de plus en plus loin du fleuve de sorte qu’il fallut créer de nouvelles paroisses. Considérant la place prépondérante de la religion pendant des générations et l’importance de l’Église dans toute l’organisation sociale, le territoire de référence qui s’imposa dans les esprits fut celui de la paroisse. Ce n’est qu’après 1855 que furent créées les premières municipalités, mais les habitants de Bellechasse continuèrent toutefois à se définir comme des paroissiens. Tout le monde faisait partie de l’Église, et le catholicisme était plus ou moins religion d’État comme aujourd’hui l’Islam dans plusieurs pays dits islamiques. Le Conseil de fabrique administrait en bon père de famille les biens de l’église locale avec l’argent que le curé fait entrer avec talent.

Puis les choses se mirent à changer. Autour des années 1970, on assista progressivement à une diminution de la fréquentation des églises par les paroissiens, puis à une presque désertion de l’institution. Si vous allez à l’église aujourd’hui, vous y verrez très majoritairement des anciens. Si vous n’y allez pas, passez à la séance du conseil municipal, organisation laïque et civile, les gens y sont plus jeunes, mais on y fait encore la prière.

Une conséquence de cette situation est que les Conseils de fabrique ne peuvent plus compter sur la contribution de tous pour l’entretien de l’église et ils ont commencé à gruger les épargnes pour honorer les dépenses courantes. Nous verrons cette situation et ses répercussions dans un prochain article. Vous avez des commentaires? lamondej@globetrotter.net