Le Jardin de Capri

Un billet de Pierre Lefebvre, octobre 2018

En mai 1948, l'entrepreneur de Saint-Charles-de-Bellechasse, Eugène Frenette, construit le Jardin de Capri sur l'emplacement de son ancien garage d’autos usagées qui avait brûlé le mois de février précédent. Un premier diner de mariage est organisé au printemps pour Madeleine Guillemette et Clément Larochelle. Suivront des soirées dansantes, des assemblées politiques ainsi que de somptueux banquets concoctés par l'épouse de M. Frenette, Monique Dubé, et ses comparses. Au printemps 1992, on y offrait des cours de danses en lignes avec Lucie et Gérard Asselin et un repas au jambon pour Pâques à 6 $ par personne. À l’été 1998, on y organisait des soirées dansantes le samedi soir avec l’orchestre « Harmonie Do Ré » au coût de 5 $ par personne. Danses en ligne, sociale et canadienne étaient alors fort populaires.

Vue aérienne de l’immeuble qui abritait le Jardin de Capri et de la courbe en remblai qui ceinture le terrain à l’ouest.
Fonds Famille Frenette. Archives Bellechasse (P027.S03.SS02.08)

Le Jardin de Capri occupait un carrefour stratégique à l’angle de la route de Beaumont, menant vers La Durantaye, Saint-Raphaël et Armagh, et du rang Haut du sud ou Nord-Est, aussi appelé route 218, qui s’étend de Saint-Pierre-les-Becquets à Saint-Michel-de-Bellechasse. L’intersection a été contournée par une grande courbe en remblaie, d’où on peut apercevoir l’immeuble. Entre 1975 et 1984, une partie du stationnement est louée à Michel Labrie qui y construit un casse-croute épousant la silhouette d’une baleine. Longue d’une trentaine de pieds avec son immense queue, la structure accueillait jusqu'à 8 employés pour servir les clients lors des beaux dimanches d’été. Elle fut démolie accidentellement lors de son déménagement vers un autre lieu.

L’intérieur de l’établissement « Le Jardin de Capri » comportait un bar, des tables de billard et une grande salle de réception et de spectacle.
Fonds Famille Frenette. Archives Bellechasse (P027.S03.SS02.10)

Le Jardin de Capri a accueilli de nombreux événements festifs.

Le Jardin de Capri était souvent rempli à pleine capacité pour des mariages, des anniversaires de mariage, des enterrements et des réunions sociales. On y servait des repas et la boisson coulait à flots.
Fonds Famille Frenette. Archives Bellechasse (P027.S03.SS02.15)

Un lieu de diffusion pour de nombreux artistes et musiciens

Établissement culturel incontournable à Bellechasse, le Jardin de Capri a accueilli dans ses deux salles de nombreux orchestres et des célébrités de passage, dont Alys Robi, Olivier Guimond, la Poune et Michel Louvain. Lors des soirées les plus courues, on pouvait voir des automobiles stationnées sur plus d'un kilomètre le long du rang Bas du nord. Peu avant sa retraite en 1974, Eugène Frenette a vendu le Jardin de Capri à Émile Carrier. Par la suite, l'établissement a été transformé en habitation et en commerce et abrite une ébénisterie.

La chanteuse Jeanne-d'Arc Charlebois a su réchauffer la grande salle du Jardin de Capri et y a laissé des souvenir impérissables lors de son passage.
Fonds Famille Frenette. Archives Bellechasse (P027.S03.SS02.05)

Jeanne-d'Arc Charlebois a été l’une des premières artistes du Québec à faire une carrière sur la scène internationale, principalement en France. Elle avait même changé son nom à cette occasion, pour celui de Jeanne Darbois, tant il était dur de porter le nom de la Pucelle dans l'Hexagone. Mme Charlebois était reconnue pour ses imitations de La Bolduc. Elle a partagé la vie du regretté Olivier Guimond durant plusieurs années. Durant sa longue carrière, elle a été reçue par les «grands de ce monde», notamment la duchesse de Windsor, Rainier de Monaco et Garry Cooper. Mme Charlebois, l’une des artistes de variétés les plus en vue au Québec dans les années 40, 50 et 60, a succombé à un cancer le 16 septembre 2001 à l'âge de 81 ans.

On chantait et on dansait avec Jean-Marc Campagna, un organiste-chanteur. Il a fait fureur avec sa chanson « Pourquoi donc as-tu brisé mon cœur? » en 1964 sur Disques Rusticana.
Fonds Famille Frenette. Archives Bellechasse (P027.S03.SS02.07)

Références :
- Saint-Charles-de-Bellechasse 1749-1999 - 250e, p. 388.