Le rang, entité territoriale distincte de
l'agglomération villageoise

Par Paul St-Arnaud, 2015

Définissons le rang comme entité territoriale : ensemble des terres plus ou moins rectangulaires d'un territoire, disposées côte à côte en largeur d'une seigneurie, d'un canton ou d'une municipalité et reliées entre elles par un chemin le long duquel, parallèle au cours d'eau, sont alignées les résidences et bâtiments de ceux et celles qui habitent ces terres, les animent et les mettent en valeur.

Un peu d'histoire… le rang seigneurial, le rang cantonal, le rang municipal

Antérieure à la construction de tout réseau routier, l'origine du territoire arpenté de façon rectangulaire à partir du fleuve et de ses affluents remonte au temps des seigneuries, et donc au début de la colonie française en Canada. En Bellechasse, tout commence officiellement en 1636 et 1637 avec la concession des seigneuries Lauzon et Bellechasse, puis en 1672 avec la concession des seigneuries Berthier, La Durantaye, Beaumont et Vincennes. Suivront des agrandissements, des redécoupages et de nouvelles seigneuries, comme celle de Lamartinière en 1692 et celle de Joliette en 1697, qui finiront par impliquer les municipalités actuelles de Saint-Vallier, Saint-Raphaël, Saint-Michel, La Durantaye, Saint-Nérée, Beaumont, Saint-Charles, Saint-Gervais, Saint-Lazare, Saint-Damien, Lévis, Saint-Henri, Saint-Anselme, Sainte-Claire et Honfleur. Le rang seigneurial est un mode singulier d'occupation du territoire, une façon originale de coloniser qui a grandement contribué à faire du Québec une société distincte en Amérique du Nord. C'est un trait culturel. L'expression « se ranger » est ici lourde de sens, elle veut dire prendre racine ou faire souche en s'établissant sur une terre qui, avec d'autres, forme une rangée de lots perpendiculaires au cours d'eau à l'intérieur de ce qu'on appelle un rang.

Le fait qu'aucun bourg et aucun hameau ou faubourg n'ait existé dans la vallée du Saint-Laurent avant le 19e siècle est très inusité. La France aurait bien voulu qu'on se développe en village comme les Anglo-saxons de la Nouvelle-Angleterre, mais ce modèle de développement ne convenait pas en Canada. Le territoire à domestiquer était immense et la population trop peu nombreuse. À part Québec, Trois-Rivières, Montréal et quelques tentatives d'agglomération villageoise par Jean-Talon sur la terre des Jésuites et l'Évêché sur la côte de Beaupré, le territoire est dépourvu de village (bourg) au moment de la Conquête (1756-1763). À une certaine époque, sous le régime français, les autorités canadiennes vont même les interdire formellement. Il fallait défricher, cultiver et donc posséder une terre pour se bâtir maison. Au minimum, on exigeait à partir du fleuve un terrain d'un arpent et demi de large par 30 arpents de profond. Impossible de se bâtir sur de petits terrains et donc de former des agglomérations. Une fois un premier rang développé, les autorités s'assuraient qu'un deuxième rang le soit derrière, puis un troisième et même un quatrième avant de « dézoner agricole » et de rendre possible l'établissement d'agglomérations villageoises qui, incidemmen,t se formeront autour des églises existantes au 19e siècle. Avant de former le cœur de nos villages, à partir des années 1800, les églises ont donc constitué le cœur de nos paroisses comme églises de rang, à la manière des écoles de rang du 19e et 20e siècle, distinctes des écoles d'agglomérations villageoises présentes à l'époque.

Le rang seigneurial des anciens Canadiens que nous étions, c'est trois choses :

  1. un découpage cadastral du territoire seigneurial en rectangles étroits, mais profonds, perpendiculaires au cours d'eau, fleuve ou rivière.
  2. un chemin parallèle au cours d'eau en devanture des lots pour relier les terres entre elles.
  3. des habitants qui vivent sur ces terres à l'intérieur de maisons construites le long du chemin de rang et distantes l'une de l'autre d'environ 500 pieds. Ainsi donc, le rang est à la fois un cadastre, un chemin et une population. C'est une façon singulière d'habiter l'espace à domestiquer pour les habitants du pays. Non pas en agglomération villageoise, mais en rangée de censives (terres). Dans son livre, intitulé le rang d'habitat, le géographe Louis Edmond Hamelin parle d'un « peuplement aligné » ou d'un « habitat en longueur ». L'expression « village en ligne » est également utilisée par certains auteurs. Aucun « lieu ramassé » en Bellechasse donc avant le 19e siècle.

Assez rapidement sur le territoire seigneurial, en remplacement d'une première chapelle de rang, il y a l'église paroissiale du premier rang (1716 -1722 à Saint-Vallier, 1733 à Beaumont, 1736 à Saint-Michel) où les paroissiens se rassemblent tous les dimanches. De chez soi, c'est-à-dire de sa terre et de son rang, on s'y rend régulièrement en voiture à cheval ou en bateau, mais aussi à pied l'été et en raquette l'hiver. Il y a ensuite la salle des habitants à même le presbytère où vit le curé, il y a l'enseignement du catéchisme, il y a le cimetière, il y a les services religieux, mais pas de bourg, c'est-à-dire pas d'agglomérations de maisons autour des lieux de culte pour qu'artisans, gens de métier, commerçants, enseignants et notables puissent s'installer et faciliter le travail des familles rurales qui habitent le rang. C'est l'autarcie. L'habitant doit tout faire lui-même, en solidarité avec ses voisins de rang et chaque famille doit s'auto suffire. C'est le système D.

Chaque ferme est une entreprise indépendante. La débrouillardise devient une condition de survie et plusieurs y voient l'origine du talent créateur des Québécois. La nécessité crée l'invention. La ville est loin et les villages inexistants. Pas de services de proximité disponibles. Les voisins sont éloignés les uns des autres et si une catastrophe se produit, on sonne le tocsin pour informer de la nécessité d'une corvée. De plus, au tout début du peuplement, aucun chemin de terre ne relie les seigneuries entre elles. Seuls des bouts de chemin existent à l'intérieur de chaque seigneurie pour se rendre à l'église du curé, au moulin du meunier ou au manoir du seigneur. Petit à petit, des chemins de rang et des montées vont être aménagés, mais ça prendra du temps avant que les seigneuries soient liées entre elles par voie terrestre. En Bellechasse, le chemin du roi, dessiné par le grand Voyer en 1713, ne sera pas disponible avant 1730 et encore. À chaque crue printanière, des ponts sont emportés et les routes sont rapidement endommagées. L'historien Gaston Deschênes raconte qu'en 1759, année des Anglais, les soldats de Wolf devaient traverser l'embouchure de la rivière Boyer à l'aide d'un bac, en l'absence de pont. Un passage à gai était toujours possible, mais il fallait attendre le baissant de la marée.

Divisées en bandes rectangulaires perpendiculaires au fleuve ou autres rivières à l'intérieur des seigneuries, les terres ou censives bornées par le cours d'eau sont étroites, pour que le plus de cultivateurs possible puissent profiter des ressources du fleuve ou de la rivière. Non seulement la voie d'eau était-elle la seule voie de communication au départ, mais elle servait de garde-manger. En plus d'utiliser son eau, on y pêchait le saumon, le doré, l'esturgeon, le bar rayé, l'anguille et bien d'autres espèces. On y chassait également l'oie des neiges, l'outarde (Bernache du Canada) et le canard. On prélevait le foin de mer au fleuve, un complément de fourrage pour nourrir les bêtes. Autre avantage de cette division étroite des terres, en plus de fournir un supplément de nourriture et d'assurer l'occupation du territoire pour mieux le défendre, plus près les uns des autres, on pouvait plus facilement se voisiner et s'entraider. Encore aujourd'hui, on peut observer ce découpage seigneurial du territoire qui, vu des airs, ressemble à un clavier de piano ou encore au rang d'une catalogne tissée serrée.

Le terme village, employé par les anciens, fait référence à « du monde », c'est-à-dire à des colons établis dans un secteur sur des terres disposées en rangée le long d'une voie d'eau ou d'une voie de terre. On dit d'eux qu'ils demeurent au « village du rang Sainte-Catherine » ou au « village du rang trois ». On numérote les rangs ou on leur donne des noms; les chemins de rangs respectent cette nomenclature. Le chemin du rang 2 prendra le nom de rang 2 et celui du rang Sainte-Catherine prendra le nom de rang Sainte-Catherine. Ainsi donc, le terme village ne désigne pas un regroupement de maisons autour d'un point central, mais le rang lui-même. Village est synonyme de rang, car le rang se doit d'être peuplé. Pas de rang sans habitant. Il y a donc autant de villages que de rangs.

Le tout premier chemin de rang, le « fronteau », est la côte fluviale et le mot côte servira longtemps à nommer les autres chemins qui relient les censives entre elles, à l'intérieur de rangs qui, parallèles au premier, se développent par la suite dans les hauts. L'usage du mot côte est antérieur aux mots chemin de rang pour désigner ces routes de liaison, parallèles au cours d'eau. Par exemple si on dit qu'il y a du monde à la « Coste Saint-Jean du rang 2 de la seigneurie Saint-Vallier », on veut dire que des gens sont installés en bordure du rang (en bordure des terres du rang), là où les maisons sont construites et là où on aménage le chemin. Si on dit qu'il y a du monde à la « Coste Saint-Henry du village Sainte-Geneviève », on veut dire que des colons se sont établis sur « le chemin Saint-Henry du rang Sainte-Geneviève ». La côte désigne la devanture du rang en rappel du bord de l'eau qui, à l'origine, sert de chemin pour voyager et le village désigne le rang lui-même, comme territoire habité. Pour désigner une agglomération villageoise, on utilisera le mot bourg ou faubourg plutôt que le mot village.

Dès lors, le terme "Kanata" utilisé par les Iroquoiens du Saint-Laurent pour désigner leur village prend un tout nouveau sens pour les Canadiens. Il ne désigne plus des « amas de cabanes » à l'indienne ou à l'européenne, mais des habitations disséminées le long de la côte de part et d'autre du Saint-Laurent, à l'intérieure de seigneuries. Il finit par définir la plaine côtière, la vallée du Saint-Laurent et l'ensemble du territoire rural habité le long des rivières. Tricotés serrés à la manière des rangs d'un tricot, les habitants de ce pays, alignés côte à côte le long du fleuve Saint-Laurent et de ses affluents, comme la Chaudière, l'Etchemins, la Boyer ou la rivière du Sud, vivent tous à l'intérieur de rang. Si les cantons qui seront créés en périphérie des seigneuries, après la Conquête, prennent l'allure graphique d'une courtepointe, les seigneuries pour leur part ressemblent à une catalogne. Le damier et le clavier de piano pour désigner l'un et l'autre font également image. Le rang cantonal ou « range », établi après la Conquête dans les « townships », varie en largeur et en longueur, mais on parle toujours d'une rangée de lots, terres ou concessions traversées par un chemin habité. Louis Edmond Hamelin résume l'évolution du rang en quatre étapes : le rang du fleuve dit français, le rang d'arrière-fleuve dit canadien, le « range » britannique dans les cantons (townships) et le rang moderne dit québécois. La définition au début de cet article tient compte de cette évolution et s'applique à chacune des étapes. Le rang moderne dit québécois est en fait le rang municipal, puisque les municipalités sont venues remplacer les seigneuries et les cantons entre 1845 et 1854.

Aboli officiellement en 1854, parce qu'il nuit à la concurrence et ne répond plus aux besoins d'une société devenue industrielle, le régime seigneurial canadien est une institution marquante qui nous a singularisés. Pendant que les plus vieux cultivent la terre, la jeunesse court les bois pour amasser des sous avant de se ranger et de cultiver à leur tour. Le fait de vivre pendant plus deux cents ans à l'intérieur de rang, plutôt qu'à l'intérieur de village, façonne notre identité et fait de nous des êtres indépendants et libres, partageant le double besoin de l'aventure et de l'ancrage au sol. Du haut d'une terre, le regard porte et l'espace est là pour y inscrire ses rêves. Des 60 000 que nous sommes dans la vallée du Saint-Laurent à la Conquête, 45 000 vivent en censives à l'intérieur du rang seigneurial de la plaine côtière. Le pays est rural et sans village (bourg) à 80%. Selon Bougainville : « ...toutes les habitations sont éparses ; il n'y a que deux ou trois villages où elles soient rassemblées ». Comme l'écrivent si bien Robert Lahaise et Noël Valleran dans l'édition1999 de leur livre La Nouvelle France, l'institution seigneuriale « aura façonné le cadastre québécois, créé une véritable civilisation et permis à des milliers de censitaires de vivre à l'aise ». Tenant à la fois du navigateur, de l'agriculteur, du coureur de bois et du bûcheron, l'ancien Canadien, devenu Québécois, a profité de l'espace disponible pour vivre, se reproduire et grandir en constante relation avec la nature occupée par l'Indien nomade. Depuis l'arrivée de Jean-Talon en 1665, le taux de natalité des Canadiens a connu périodiquement une croissance jamais égalée dans l'histoire de l'humanité. Déjà, quand Jean-Talon quitte définitivement le pays en 1672, la population a doublé. Une société qui double sa population en 7 ans, c'est phénoménal. En Canada, 4 enfants sur 6 atteignent l'âge adulte plutôt que 2 sur 6 en France.

C'est vrai que la motivation est grande pour l'habitant, c'est-à-dire pour le Français, venu d'abord comme artisan, soldat ou commerçant, qui décide de s'y installer pour bâtir pays. Au contact de l'autochtone et de l'espace vital, il peut avantageusement s'affranchir de l'Europe en sol canadien. On peut en Amérique avoir une terre à soi (propriété utile) pour en vivre. En moyenne, cette terre mesure au départ 500 pieds de large par 2 kilomètres de profond. Une fois installée, on peut mettre l'entreprise agricole en valeur par la seule force de son travail et s'assurer d'une famille nombreuse pour en garantir la main-d'œuvre. En pratique, l'habitant est ici « propriétaire terrien ». De même, le droit de porter des armes pour la chasse et de posséder des chevaux n'est plus réservé à la noblesse seigneuriale, comme c'était le cas dans la France monarchique où les seigneurs se devaient d'appartenir à la noblesse. Le cheval canadien, issu des 82 chevaux importés de France par Jean-Talon, a pu ainsi rendre de grands services au colon censitaire. Les terres sont suffisamment grandes et fertiles pour répondre aux attentes et celles-ci peuvent être transmises de génération en génération. Dans une économie dite traditionnelle, l'appropriation de l'espace seigneurial par rang plutôt que par regroupement villageois a favorisé cette propriété utile de la terre par l'habitant et permit son enrichissement individuel et collectif. Bien implanté en Canada Nouvelle-France, le rang subsiste encore aujourd'hui. En pays de Neuve France, l'habitant a une place de choix et le respect de tous, pourvu qu'il paye cens, rente, redevance et dîme et qu'il respecte les règles du jeu. Au plan religieux, on s'identifie à la paroisse, mais au plan civil on s'identifie au rang. On développe un tel sentiment d'appartenance à son rang, qu'on va jusqu'à désapprouver les garçons qui courtisent les filles d'un autre rang. On va même distinguer différents secteurs à l'intérieur d'un même rang. J'entends encore le père Lacroix, natif du 3e rang de Saint-Michel, me préciser qu'il venait du 3e rang Ouest. « Ne pas confondre les gens du 3e Ouest avec ceux du 3e Est » me disait-il. Il est bien vu de fréquenter les gens de son rang et même de son secteur.

Le rang (range ou concession) cantonal d'après Conquête en Bellechasse ressemblera beaucoup au rang seigneurial; les historiens de Saint-Léon-de-Standon sauront mettre cette réalité en évidence à l'aide de panneaux d'information. Chaque rang du canton de Standon était quasi autosuffisant, possédant sa croix de chemin, son boucher, son magasin général, son maréchal ferrant, son école, etc. Le « range » britannique des cantons amènera un découpage différent des terres, plus carré que rectangulaire, et on verra apparaître le rang double, c'est-à-dire un rang qu'on divise par le centre en deux parties égales au moyen d'un chemin qui devient commun à chacun des rangs ainsi créés, ce qui donne deux rangées de lots moins profonds réunies par un même chemin et des maisons situées de chaque côté. Au lieu d'être l'une derrière l'autre comme dans le rang simple, les devantures du rang double se rejoignent.

Le premier lieu identitaire est sa terre, là où on construit sa maison, la deuxième est son rang et le troisième sa seigneurie, son canton ou sa municipalité. Sur sa terre, plus grande encore que bien des agglomérations villageoises, l'habitant est seul maître à bord après Dieu… et le curé. La paroisse représente une identité plus large qui sera renforcée par le fait que ce n'est pas le territoire seigneurial ou cantonal qui sera choisi pour devenir municipal entre 1845 et 1854, mais le territoire paroissial. On créera des municipalités de paroisse. Depuis, l'un et l'autre, le religieux et le profane, se confondent. Certains anciens utilisent encore le mot paroisse pour désigner la municipalité. La religion seule assurait alors la cohésion sociale. Tous et toutes étaient catholiques. La Révolution tranquille des années 1960 séparera l'Église de l'État et l'identité citoyenne tendra progressivement à remplacer l'identité religieuse. Les Québécois modernes ne sont plus tous et toutes catholiques, à chacun ses croyances, mais ils sont tous et toutes Québécois et Québécoises. L'identité citoyenne seule, autour de certaines valeurs communes protégées par une charte constitutionnelle, peut désormais nous unir dans la diversité.

Les bourgs en Bellechasse sont une réalité du 19e siècle. Le premier à prendre forme est celui de Saint-Michel. L'espace village est officialisé en 1754, mais les premiers lots sont concédés en 1799 et les premières maisons autour de l'église sont construites vers 1800. Au recensement de 1815, on recense 12 maisons dans l'espace village de Saint-Michel.

Au Québec, les bourgs se sont tous formés autour des églises. Compte tenu de la pratique religieuse de l'époque, des trois pôles d'attraction présents sur le territoire seigneurial, soit le manoir, le moulin et l'église, c'est celui de l'église qui fut le plus fréquenté et c'est de lui, pour éviter de trop voyager, qu'on voudra le plus se rapprocher quand les agglomérations villageoises (bourg) seront autorisées à la fin du régime français. C'est d'ailleurs le trop grand éloignement de l'église mère des paroissiens des rangs éloignés qui incitera les occupants de ces rangs à demander qu'une nouvelle paroisse et une nouvelle église, plus près de leur lieu de résidence, soient créées. Cette nécessité d'être près des services religieux explique que le Québec ait tant de paroisses, tant de municipalités, tant de villages et tant de clochers.

Les routes perpendiculaires aux chemins de rang qui permettent de passer d'un rang à l'autre seront appelées montées. Aujourd'hui, celles-ci sont souvent appelées route ou chemin pour les distinguer des chemins de rang appelés rang. L'usage du terme « montée » pour qualifier les chemins parallèles aux censives et perpendiculaires au cours d'eau vient du fait que les routes qui permettaient de relier les chemins de rang entre eux partaient toutes du fleuve. Celui-ci étant le point le plus bas du territoire; il fallait nécessairement monter pour aller dans l'arrière-pays, c'est-à-dire dans les rangs construits en arrière des premiers, ce que Louis Edmond Hamelin appelait les rangs d'arrière-fleuve par rapport aux rangs du fleuve. Nous sommes maintenant habitués de regarder le fleuve du continent, mais au 17 et 18e siècle, c'est du fleuve qu'on regardait le territoire à domestiquer et c'est de ses affluents, en embarcation, qu'on accédait aux richesses du pays.