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Le fort de Beaumont, élément peu connu du patrimoine militaire bellechassois

Le territoire de la MRC de Bellechasse compte très peu de vestiges de conflits guerriers. Des cimetières paroissiaux rappellent certes la mémoire de soldats morts lors des conflits mondiaux, mais seulement deux installations de type militaire restent visibles : 1- le fort de Beaumont construit en 1914 et maintenu en activité jusqu'en 1917, pour faire face à la menace allemande; 2- l'abri antinucléaire de l'ancienne gare de Saint-Damien station, destiné à protéger le chef de gare en cas d'attaque nucléaire au cours de la Guerre froide, surtout au début des années 1960.

Bien avant le déclenchement des hostilités militaires en Europe en 1914, le Canada s'était préparé à assurer la défense de l'accès maritime privilégié que constituait le fleuve Saint-Laurent pour les cuirassés et croiseurs allemands. Un système de protection défensive comportant quatre forts fut mis en place au début du conflit mondial, en aval de Lévis : « Fort d'en haut » ou Upper Martiniere, « Fort d'en bas » ou Lower Martiniere, « Fort de Beaumont » et « Fort Saint-Jean », à l'est de Saint-Jean sur l'île d'Orléans. Le but premier de ces installations était de défendre le chantier maritime de Lauzon et le port de Québec. L'armement de ces forts était constitué de batteries de canons côtiers de gros calibre.

Au début de 1914, l'Armée canadienne a construit, près des limites ouest de Beaumont, deux casemates, sorte de grosses bases de béton et un dépôt de munitions, sur les falaises dominant le fleuve Saint-Laurent. Le site offrait une vue directe sur le chenal maritime longeant l'île d'Orléans et constituait une défense avancée par rapport aux deux autres batteries installées en amont, à pointe de la Martinière. Destinées à protéger l'artillerie et les soldats qui l'opérait, les structures en arc prennent la forme d'un mur en béton d'une épaisseur de 4,6 m , avec un rayon extérieur de 6,7 m et une hauteur d'environ deux mètres; elles comptent une ouverture de chaque côté d'une petite baie de 2 m de rayon où se situait le canon. Au centre, une imposante dalle de béton munie de tiges boulonnées permettait de tenir en place la lourde pièce d'artillerie. Chaque structure fut équipée d'un canon anglais de type Vickers 6-inches G.

Ce sont des détachements du régiment de la Force de réserve, qui avait vu le jour à Lévis le 1er août 1899, appelé « 6th Quebec and Lévis Regiment », qui furent mobilisés pour le service actif le 6 août 1914, fournissant un appui d'artillerie pour la défense de l'approche du fleuve Saint-Laurent autour de la ville de Lévis. Le fort de Beaumont ne servait que pour les opérations diurnes, car il était dépourvu de puissants projecteurs, comme ceux de la Pointe-de-la-Martinière, et de casernes pour loger les artilleurs. Les soldats avaient l'ordre de tirer sur les navires qui refusaient l'inspection obligatoire, ce qui n'est jamais arrivé. Des systèmes de communication reliaient les différents éléments du système défensif, dont un câble téléphonique sous-marin allant jusqu'au Fort de Saint-Jean sur l'île d'Orléans.

Une poudrière, également appelée dépôt de munitions, fut aussi installée à une centaine de mètres à l'ouest de l'artillerie; des rails permettaient de transporter les obus jusqu'aux deux canons. Le dépôt de munitions était le lieu dans lequel les obus d'artillerie étaient entreposés. Il est constitué d'un bâtiment de béton enterré muni d'un toit léger pour limiter les risques d'explosion latérale. La manipulation des obus était très dangereuse et les munitions devaient être protégées des intempéries, de l'humidité et de la chaleur. Une voie d'accès a été pratiquée en déblais dans le roc. Le bâtiment comportait un accès en arche et deux portes rectangulaires.
Les batteries ont été désaffectées un peu avant la fin à la Première Guerre mondiale. La végétation a rapidement recouvert le sommet de la falaise beaumontoise; les vestiges de béton restent toutefois de fidèles témoins d'un conflit qui a marqué le monde entier.

Le premier décembre 2014, le conseil municipal de Beaumont a adopté un règlement citant les vestiges du Fort de Beaumont en qualité de biens patrimoniaux du Québec. Il s'agit-là d'un geste significatif pour assurer la pérennité de ces anciens ouvrages militaires qui comptent parmi les rares traces encore visibles de la Première Guerre mondiale en sol québécois. Les structures ne peuvent être visitées par le public, car elles sont enclavées dans un terrain privé. Un projet de lotissement devrait bientôt permettre de construire des voies d'accès à proximité.

La casemate ou bunker

Protège des tirs ennemis

Une casemate, également appelée bunker, est une structure renforcée en béton, partiellement enterrée, qui fait partie d'une fortification ou d'un fort, pour placer l'artillerie à l'épreuve des tirs ennemis. Le fort de Beaumont en compte deux ayant la même architecture.


Les canons Vickers

Une puissance de feu considérable

L'artillerie mise en place au fort de Beaumont était composée de deux canon lourds de grande puissance destinés à détruire des cibles marines.


Dépôt de munitions

Son entrée principale voûtée

Un dépôt de munitions fut installé une centaine de mètres à l'ouest de l'artillerie; des rails permettaient de déplacer les obus jusqu'aux deux canons. Enfouie dans le sol, cette structure visait à protéger les artilleurs et les canons en cas d'explosion.


Dépôt de munitions

Vue intérieure

La poudrière ou abri à munitions fut construite en béton; elle est constituée d'une vaste chambre soutenue par des poutres d'acier et de trois accès, dont la principale est en forme voutée. En cas d'explosion, ce genre de structure dirige les débris vers le haut.