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L'abri antinucléaire de Saint-Damien Station, un élément insolite du patrimoine bellechassois

L’inventaire du patrimoine bâti de la MRC de Bellechasse révèle l'existence d'un élément singulier dont l'origine remonte à une cinquantaine d'années seulement, mais qui rappelle une période cruciale de notre histoire; il s'agit d'un abri antinucléaire.

Après la fin de la deuxième Guerre Mondiale, le monde a connu quatre décennies d'évènements qui ont créé des tensions extrêmes entre les États-Unis et l'ex Union soviétique. Appelée « guerre froide », cette période a culminé en 1962 avec la crise provoquée par l'installation de fusées nucléaires à Cuba. Face au spectre d'un troisième conflit mondial, le Canada a voulu protéger sa population de la menace nucléaire, notamment en l'invitant à prendre les moyens pour assurer sa survie. Le gouvernement s'est alors fait le promoteur de la construction d'abris anti-nucléaires permettant de se protéger des rayons atomiques (onde de choc, chaleur, irradiations). Au Québec, de 300 à 400 de ces abris furent construits par des particuliers, en plus de ceux érigés dans chaque province par le gouvernement fédéral pour assurer la protection des dirigeants ou par le Canadien National.

Les vestiges de l'un de ces abris sont encore visibles à quelques mètres de l'ancienne gare de Saint-Damien Station, dans l'emprise de la voie ferrée, à quelque 230 m au sud de la route 279. Construit avec deux rangées de blocs de béton pleins, l'abri contenait deux lits de camp permettant d'y vivre quelque temps après une attaque atomique. Il mesure 3 m x 5,3 m x 2,4 m de hauteur. L'investissement réalisé pour le chef de gare de Saint-Damienpar le Canadien National était alors justifié par la panique reliée au risque d'une nouvelle guerre mondiale utilisant l'arme nucléaire.

Il ne faut pas confondre un abri antinucléaire avec un abri antiatomique, comme celui que le public peut visiter en banlieue d'Ottawa, le « Diefenbunker ». Cette gigantesque structure a été construite pour protéger le gouvernement advenant une attaque nucléaire et fut autrefois un secret bien gardé; ce bunker est désormais un musée et un lieu historique national du Canada que les internautes ou même les touristes peuvent visiter. L'abri antiatomique est construit sous terre ou imbriqué dans les fondations d'un bâtiment et permettrait une survie prolongée en cas d'une attaque nucléaire.

L'abri antinucléaire n'aura finalement jamais été utilisé pour les fins auxquelles il a été construit. Celui de Saint-Damien Station a tout au plus amusé les enfants du voisinage qui ont pris plaisir à y jouer au cours des cinq dernières décennies.

Aujourd'hui, il constitue un vestige d'un période trouble de notre existence dont il reste bien peu de traces, même dans la mémoire collective. Il ne faut pas oublier que la planète aurait alors pu connaître une catastrophe que seuls les films peuvent encore imaginer.

Le 3 septembre 2013, les vestiges de cet abri anti-nucléaire ont été cités par la municipalité de Saint-Damien-de-Buckland en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel. Ce statut vise à assurer la protection de ce bâtiment unique dans la MRC de Bellechasse.

L'ancienne gare

Saint-Damien Station

La gare de Saint-Damien Station se distinguait par la grandeur peu courante de son entrepôt. Le bâtiment long et étroit en forme de « T » comportait aussi une petite salle d'attente sur la droite, le bureau du chef de gare avec ses fenêtres en saillie sur la façade et le logement du chef de gare et de sa famille dans la rallonge arrière et à l'étage. Le toit en croupes cintré était muni de trois lucarnes pendantes à croupes; ses larges débordements étaient soutenus par d'élégantes consoles. Trois cheminées ornaient le bâtiment qui a été démoli peu de temps après le départ du dernier chef de gare, Paul Guimont, en juillet 1975. On peut encore observer les vestiges des fondations de la gare à une douzaine de mètres de la piste asphaltée.


Vue de face

Abri antinucléaire

La façade de l'abri donnait sur la voie ferrée distante de 11 mètres. Une lourde porte de béton devait en bloquer l'accès lors de son érection vers 1960.


Vue arrière

Abri antinucléaire

L'arrière du bâtiment de béton montre des signes de vandalisme. Au fil des ans, des gens ont tenté de récupérer des blocs de béton et des appuis métalliques. La photographie illustre bien l'épaisseur des murs et du toit.