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La chaise de Bellechasse

Très souvent, les pièces de mobiliers anciens sont nommées selon la région où les artisans ont développé soit une technique de fabrication, une fonction ou un design particulier. La plupart du temps, le nom de ces artisans s’est perdu et n’a subsisté que le nom du village ou de la région. Toutefois, nous avons la chance, grâce principalement à une vaste enquête de l’ethnohistorien Paul-Louis Martin, de remonter dans le temps et tracer un portrait de l’artisan derrière la fameuse chaise dite de Bellechasse.

Ce modèle de chaise qui porte également le nom de « chaise de Saint-Raphaël » ou encore « chaise Luneau » doit sa popularité au chaisier Salomon Denault qui en a fabriqué plusieurs centaines et les a colportées jusque dans les « hauts » de Bellechasse. Denault, né à Montmagny vers 1860, est venu s’établir à Saint- Raphaël vers 1906, où il poursuit sa pratique dans une boutique derrière la maison qu’il s’était bâtie dans le rang des Fiefs, aujourd’hui la rue Paradis. Des habitants de Saint-Raphaël se souviennent qu’on le surnommait « Luneau ». Plusieurs hypothèses peuvent expliquer l’origine de ce surnom; Denault avait épousé Virginie Luneau et certains pensent que ce surnom, en plus d’être le patronyme de son épouse, lui aurait été dévolu en raison de la forme circulaire, rappelant une pleine lune, percée au centre de la voliche (traverse) supérieure des chaises qu’il fabriquait.

Le frêne noir et le merisier étaient les principales essences utilisées par « Luneau » pour la fabrication de ses chaises. Après avoir coupé des arbres sur les terres du rang du Sault ou de celui de Tadoussac, il faisait préparer ses morceaux au moulin. Un témoin se rappelle également avoir vu le « bonhomme Denault » bucher sur une terre à bois du 2e rang. Le fonçage du siège était tressé en babiche d’anguille à l’origine et ensuite en clisses de frêne selon une technique héritée des Abénaquis. Montées avec tenons, mortaises et chevilles, ces chaises étaient vraisemblablement collées, malgré la rumeur contraire.

Après avoir fabriqué une centaine de chaises, Salomon Denault les chargeait sur sa charrette à panier et arpentait les comtés de Bellechasse et de Dorchester pendant une quinzaine de jours : 50 cennes pour une chaise droite et 1,50$ pour une berçante. Il est décédé en 1925 ou 1926. Ses descendants ont continué la production jusque vers 1935.

Bien que ce modèle de chaises ait été largement diffusé et qu’on le retrouve dans les catalogues d’ébénistes et d’antiquaires, plus personne n’en fabriquait dans les années 1970. On en retrouve maintenant dans certains ateliers d’ébénisterie, par exemple Meubles Chamberland fondé en 1930 par Édouard Chamberland à Armagh et l'atelier Yves Prévost de Saint-Michel-de-Bellechasse.

On ne peut parler de la chaise de Bellechasse sans évoquer au passage un autre élément de notre patrimoine mobilier, la mythique chaise Solair. Fort populaire entre 1975 et 1988, ce modèle connait une nouvelle popularité à travers le monde depuis 2013 qui pourrait dépasser la renommée de la chaise de Bellechasse.

Crédits photographiques :
Chaises de Bellechasse © Tous droits réservés – Musée de la civilisation- 2006

Note : Nous tenons à remercier Nicolas Godbout de Saint-Raphaël et Paul-Louis Martin pour leur généreuse collaboration. Les recherches et les textes sont de Frédérick Carrier, ethnologue et historien.

On l'identifie au premier coup d'oeil

Son assemblage ajouré

La principale caractéristique de cette chaise, reconnaissable au premier coup d’œil, est l’assemblage ajouré de la traverse supérieure avec les montants en forme de « joug-à-bœuf ».



Détail de la traverse supérieure

Une ornementation typique

Denault ornait généralement la voliche supérieure soit du motif circulaire que l’on peut voir sur la photo ou soit d’un losange ou encore de la quartefeuille gothique.



Autre chaise bellechassoise renommée

La chaise Solair

Celle en version orange brûlé nous ramène dans les années 70, au temps des motels, du Fortrel et des piscines bleu fluo. Elle a été conçue à Montréal, en 1972. Les designers industriels Fabio Fabiano et Michelange Panzini l’ont dessinée pour IPL, ce fabricant de pièces de plastique par injection établi à Saint-Damien-de-Buckland.